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Présentez vous :
Rémy ROMNEY. J'ai effectué mes études de médecine à Lille et ma spécialité à Amiens. Après deux ans passés au CHU de Fort de France en tant qu' assistant dans le service d'Hépato-gastroentérologie, j'ai pris la décision de rentrer exercer dans mon pays, la Guadeloupe. Installé depuis janvier, je me suis associé au Dr DURAND au sein d'un cabinet aux Galeries de Houelbourg et je pratique les différents examens à la clinique les Eaux-Claires.
Présentez votre spécialité :
C'est peut être la spécialité la plus vaste, qui englobe l'ensemble des pathologies intéressant l'appareil digestif (de l'œsophage à l'anus), le foie, les voies biliaires et le pancréas. C'est une spécialité très intellectuelle avec par exemple les maladies auto-immunes du foie ou les hépatites virales et en même temps très manuelle car je pratique de nombreux examens endoscopiques (gastroscopie, coloscopie), radiologiques ( échographie hépatique et ponction biopsie hépatique), " radio-endoscopique " ( CPRE, échoendoscopie ).
Pourquoi, dans cette vaste spécialité, avoir choisi le cancer colo-rectal pour traiter de " l'homme de 50 ans " ? :
Avec 33 500 nouveaux cas et 16 000 décès par an, le cancer colo-rectal est un problème de santé publique en France. C'est le troisième cancer par son incidence après le cancer du sein et de la prostate et la deuxième cause de mortalité après le cancer du poumon. Son incidence a été multipliée par 50% en 20 ans, avec un age moyen de survenue vers 65-70 ans, c'est pourquoi nous préconisons le dépistage des polypes à l'age de 50 ans. Le cancer colo-rectal explose aux Antilles, en vingt ans le nombre de cas a été multiplié par 4 avec environ 500 nouveaux cas par an et 200 décès par département, contrairement aux autres pays du monde, il semble plus toucher les femmes.
Polypes coliques et cancer, est-ce que c'est la même chose ? :
Non, ce n'est pas la même chose. Le polype du côlon est une petite lésion bénigne qui apparaît dans le côlon de patients sans symptômes particuliers ; c'est une petite surélévation qui peut être enlevée par les voies naturelles la plupart du temps. Une sur dix de ces tumeurs bénignes peut avec le temps - en général une dizaine d'années - acquérir des cellules cancéreuses, lesquelles vont pouvoir ensuite se développer aboutissant au véritable cancer qui lui nécessite un traitement très différent.
Il y a donc fréquemment une filiation du polype vers le cancer ? :
Absolument. C'est le cas dans 80 % des cas. Dans les 20% restants, le cancer peut naître d'une paroi colique qui ne présente aucune anomalie particulière. Des cellules malignes apparaissent et se multiplient sans qu'il y ait eu au préalable un polype qui est, encore une fois, une lésion tout à fait bénigne.
Quels sont les symptômes qui peuvent faire penser à un cancer du colon ? :
Le problème de cette maladie c'est que les symptômes qui doivent inquiéter sont assez peu spécifiques c'est à dire qu'on peut avoir de vagues douleurs abdominales, une alternance de diarrhée et de constipation, un transit un peu moins régulier que d'habitude. Ce sont donc des symptômes assez peu parlants, il s'agit donc d'une maladie extrêmement sournoise. Un signe qui est un peu plus évocateur est la présence de sang au niveau des selles mais qui là aussi est un signe trompeur parce qu'une grande majorité de gens d'un certain âge ont une hypertrophie des veines au niveau de l'anus (hémorroïdes). Le patient constate des saignements mais prend çà comme un signe assez peu parlant alors que, malheureusement, il peut se cacher derrière un cancer du côlon. Donc, si on a du sang dans les selles, il faut consulter, c'est tout à fait clair et net.
Peut-on avoir un cancer du colon et aucun symptôme ? :
Absolument et c'est en cela que je disais qu'il s'agit d'une maladie sournoise. Un cancer du côlon peut parfaitement se développer sans aucun symptôme localement puis des cellules peuvent passer du côlon dans la circulation générale pour atteindre d'autres organes, et donner ce qu'on appelle des métastases, elles aussi asymptomatiques.
On entend parler dans les média de coloscopie virtuelle. Est-ce que cela pourrait avoir un rôle dans le dépistage et que faut-il en penser ? :
Le terme d'examens virtuels fait toujours rêver ! La coloscopie virtuelle consiste à reconstituer le colon à l'aide de logiciels complexes ce qui nécessite un certain temps après avoir acquis les images, au scanner le plus souvent ou en IRM. C'est une technique qui n'en est encore qu'au stade expérimental. Il y a très peu de radiologues qui possèdent cette technique en France. Un rapport récent de l'ANAES a indiqué que la coloscopie virtuelle n'avait pas sa place dans le dépistage du cancer du colon.
Quel est l'examen le plus important pour faire le diagnostic de cancer du côlon?
Les choses sont claires dans ce domaine. Pour faire le diagnostic du cancer du côlon, il faut faire une coloscopie. Cela suppose de subir une préparation du côlon : on boit un produit qui permet de laver l'intérieur du côlon de façon à ce qu'on puisse facilement ensuite l'examiner. Pour cela, on introduit dans le côlon, sous contrôle de la vue, un appareil appelé coloscope qui donne des images de l'intérieur du côlon. On vérifie ainsi si la paroi du côlon est parfaitement plane et saine ou si elle présente des irrégularités, un bourgeonnement, qui sont des signes possibles de cancer. Lorsqu'il y a des irrégularités, on pratique un prélèvement sur ces zones anormales (biopsie) pour l'analyser en microscopie afin d'avoir une certitude sur le diagnostic.
Quels sont les facteurs de risque du CCR ? :
La liste est longue : l'excès calorique, l'obésité, la sédentarité, l'hyperinsulinisme et/ou la résistance à l'insuline induits par l'excès de sucre et hydrates de carbone raffinés. Les repas fréquents, pris rapidement, le grignotage, l'absence de diversité dans l'alimentation. Les charcuteries, les matières grasses animales d'assaisonnement, les viandes grasses, les abats et les œufs, la viande rouge. On peut aussi citer le rôle de l'alcool dans la croissance de l'adénome, du tabac dans le risque d'adénome.
Quels sont les facteurs protecteurs ?
Compte tenu du niveau de preuves actuelles, les recommandations ne peuvent se limiter qu'à des conseils d'hygiène générale: augmentation de la consommation de légumes, réduction globale des apports caloriques et augmentation de l'activité physique.
¢ Activité physique régulière
¢ 3 repas quotidiens lentement absorbés (durée suffisante)
¢ Cuisson à la vapeur
¢ Apport énergétique adéquat
¢ Viandes maigres
¢ Poissons
¢ Matières grasses végétales
¢ huile d'olive
¢ Légumes (crucifères)
¢ Fibres alimentaires
Comment lutter contre le CCR ?
Dépistage précoce et éducation sanitaire. Il est certain que le dépistage systématique devrait permettre de guérir plus de 80 malades sur 100. Il faut donc préconiser l'examen endoscopique comme dépistage au moindre doute dès l'age de 50 ans.